MODE & TENDANCES

La Mode : un paradis ou un monde impitoyable ????

Publié le 24-06-2009
La Mode : un paradis ou un monde impitoyable ????
Ni l’un, ni l’autre ! Interview avec Mme Geneviève de Marcy - Fondatrice et Présidente de la FSMPEA - Fédération Suisse des Mannequins, Photomodèles, Écoles et Agences depuis 1978

 
HAMMAM-ENSA : Afin que nos internautes qui ne vous connaissent pas forcément puissent vous cerner, pouvez-vous nous rappeler votre parcours en quelques mots ?

Mme Geneviève de Marcy : Pour commencer, j’ai été Mannequin Haute Couture chez les plus grands (DIOR, LANVIN, LAROCHE, ROCHAS, BALMAIN, CHANEL, FATH, DIOR, LAFAURIE, BALENCIAGA…), Photomodèle pour des magazines prestigieux comme Vogue Paris, ELLE, MARIE-CLAIRE, JOUR DE France… Prix d’élégance… 
Depuis plus de 30 ans j’ai ouvert des Écoles et Agences de mannequins (en France et en Suisse) et depuis 20 ans en tant que Présidente de la Fédération Suisse des mannequins, écoles et agences je me bats bec et ongles dans tous les médias du monde entier pour défendre le métier et pour nettoyer le milieu.
Je veux vous dire la vérité sur les métiers de mannequins et de photomodèles.

 
 
HAMMAM-ENSA : Pourquoi ? Ce que l’on voit n’est pas la réalité ? Ce monde qui fait rêver les femmes et tourne la tête des hommes n’est pas aussi rose et lisse que l’on voudrait le laisser dire ????
 
Mme Geneviève de Marcy : Pour revenir un peu à l’origine, la profession a été inventée par le grand couturier Worth un peu avant 1900. Il avait remarqué que les clientes ne se rendaient pas bien compte des robes présentées à la main ou sur des cintres.
De belles filles, avec une silhouette élégante ont naturellement présenté les collections avec classe et ont fait vendre.
Petit à petit, les générations se sont transmissent un savoir-faire qui se perfectionnait dans la pratique et que des nouvelles enrichissaient encore de quantités de petits gestes élégants, beaux à regarder et, ajoutés les uns aux autres  qui en ont fait tout un métier.
J'ai été engagée par Monsieur Dior, à cet âge d'or de la haute couture, puis mannequin-vedette chez Lanvin, j'ai remplacé Dominique Gabin quand elle a épousé Jean Gabin.
 
Les grands couturiers étaient nombreux et très exigeants pourtant nous étions mal payées. Mais on savait porter le drapeau de notre couturier avec amour et respect.
Toutes les collections étaient splendides et rivalisaient de beauté et d'élégance, tous les grands noms du cinéma venaient s'habiller en haute couture (malgré les prix élevés).
 
Monsieur Dior exigeait de nous une telle discipline que par exemple, dans la rue, par canicule et même pour circuler dans nos vies privées, nous n'avions pas le droit d'être sans bas (les collants n'existaient pas…) donc porte-jarretelles et bas.  Interdiction d’être mêlées à des scandales, d’avoir des vies privées tumultueuses, de "jouer  les stars !".
La star c'était et ce devrait toujours être le créateur.
 



 
HAMMAM-ENSA : Pensez-vous qu’actuellement les mannequins font trop leurs « stars » ? Ne sont pas assez classes ? Sont parfois trop vulgaires ?
 
Mme Geneviève de Marcy : Oui, elles font trop leurs stars et stupidement. Elle sont aussi souvent effectivement vulgaires et font penser aux métiers de la nuit qui ont déjà assez de monde alors que nous manquons de bons mannequins !!!
En fait les mannequins sont des employées comme les secrétaires. Un peu d'humilité ne ferait pas de mal à tous les mannequins d’aujourd’hui.
Le mannequin est en fait au service de toute une chaîne de métiers qui ont travaillé pour fabriquer les tissus, les boutons, les robes et tailleurs, les chapeaux, chaussures, gants, sacs, bijoux, avec les coiffeurs, etc… 
On se maquillait nous-mêmes avec un tel savoir-faire que les grandes maisons de produits de beauté venaient en coulisse nous épier pendant notre maquillage et nous offraient tellement de produits que j'en ai eu pendant des années. Beaucoup de mes collègues étaient étudiantes et payaient leurs études avec le travail de mannequin et étaient aussi souvent comme moi des mères de famille. Nous n’avions pas des allures de « cocottes » comme c'est trop souvent le cas maintenant.
Je fais partie de l'association des anciens de Christian Dior et il n'y a pas que des anciens parmi nous, il y a encore des gens en activité, comme moi ou chez des couturiers.
 
Il ne suffit pas d’être belle, ce métier exige d'être solide dans son corps et dans sa tête, d’avoir une belle démarche distinguée. Il n'y en a pas 36 mais une seule. Je pourrais vous le démontrer publiquement quand vous le voulez.
Ce métier est un vrai métier, indémodable comme la musique classique.



 
HAMMAM-ENSA : A quel moment pensez-vous que les choses ont changé et mal évoluées ?

Mme Geneviève de Marcy :
Nous étions aimées et respectées comme les étoiles de ballets, les grandes marques nous offraient des cadeaux et les couturiers nous faisaient voyager dans des conditions très luxueuses à travers la planète pour présenter les collections devant un public de choix, chefs de gouvernements, Rois et Reines et j’en passe…
A cette époque et pendant des années, la collection était présentée tous les jours pendant 2 h. Partout dans toutes les grandes maisons que ce soit à la maison de couture ou en voyage, de 15h à 17h  après la collection les clientes pouvaient demander à revoir certains modèles sur les doublures (débutantes qui avaient la même taille que le mannequin). Ce milieu de la haute couture était assez fermé.
 
Après Marilyn Monroe et Brigitte Bardot, il n'y avait plus de stars pour faire vendre la presse et faire rêver la population…
Certains ont décidé de fabriquer des stars. Une fille était prise en main par un bureau de plusieurs personnes très énergiques… on lui imposait son habillement, son comportement, ses sorties, les soirées où elle devait se montrer et ce même si elle n'en a pas envie… Elle devait correspondre à l’image que l'on avait inventée et que l'on pourrait vendre. L'attachée de presse prenait bien soin de ne distribuer que les bonnes photos.
 
Quand on a manqué de stars de cinéma, deux agences de mannequins de Paris ont eu l'idée de créer  les "top models" avec des tarifs exorbitants. Cela rapportait des pourcentages à l'agence et faisait plus "star ".
 
On a choisi des filles qui n'étaient pas toujours les plus belles et je pourrais le démontrer. On payait des rédactrices de magazines féminins pour mettre les photos sur les couvertures et le public s’est laissé embarquer. Quand on voit pendant 6 mois la même fille sur plusieurs couvertures de journaux on pense que c'est une star, même si elle ne sait rien faire !
 
Petit à petit il y a eu la disparition de nombreux grands couturiers, la naissance des maisons de prêt à porter, l’utilisation des mannequins pour la publicité de produits…
 
 
 
HAMMAM-ENSA : Et avec les retouches d’images ??? ;-)
 
Mme Geneviève de Marcy : Oui, les photos sont retouchées à l'ordinateur, on peut grossir, allonger, bronzer à volonté et vite fait et quand le mannequin arrive, elle ne ressemble pas !


Galerie Photo de l'article

    La Mode : un paradis ou un monde impitoyable ???? La Mode : un paradis ou un monde impitoyable ???? La Mode : un paradis ou un monde impitoyable ???? La Mode : un paradis ou un monde impitoyable ????

Cet article est proposé par : HAMMAM-ENSA