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A un arbre

Publié le 30-11-2009
A un arbre
Condamné par les hommes l'arbre devait mourir.

Sur le fond clair du ciel, sa silhouette noire, dénudée, se dressait tels les bois majestueux d’un vieux cerf.

Le printemps l’avait déjà frôlé de sa caresse et comme chaque année, de ma fenêtre j’épiais ses rameaux pour découvrir les premiers filaments, les premiers bourgeons naissants.

Il avait supporté les rigueurs de l’hiver, la morsure du froid, les secousses du vent. Mon cœur secrètement semblait alors lui adresser des mots d’espoir, un encouragement.

Je l’avais toujours vu là.
Il m’était si familier qu’il me paraissait faire partie intégrante de ma demeure, de ce qui m’est cher et m’appartient.

Grand et beau, en lui s’inscrivaient les saisons, comme en un livre de Dieu que tous peuvent lire. Nu, sous les frimas, bois mort, un mince et léger duvet naissait dès Avril…puis des bourgeons…et bientôt des feuilles et trouve ces belles grappes blanches qui pendaient lourdes comme une parure de noces. C’étaient des fleurs d’un ivoire précieux dont les pétales s’éparpillaient à la brise comme de légers papillons batifolant sous le soleil…

Et lorsque, au cœur de l’été, sa parure de feuilles d’émeraudes vives le revêtait complètement, l’arbre atteignait sa plénitude, sa souveraine majesté. Ses branches puissantes à l’ombrage divin, dans un geste de vieux patriarche semblaient bénir la terre nourricière qui l’avait fait tel.

Ainsi aux premières senteurs de ce printemps naissant j’épiais l’arbre ami, j’attendais sa floraison comme une renaissance, comme une joie et une fête.

Mais l’arbre devait mourir condamné par les hommes. En holocauste, il tendait ses bras nus sous le ciel lumineux, alors que de longues échelles s’appuyaient à son tronc, des cordes l’encerclaient, des coups de hache le blessaient…ces coups me frappèrent au profond de moi-même.

Qui avait perpétré ce crime affreux ? Pourquoi ce sacrilège ?
Un arbre est une œuvre divine, sacrée. Quelle somme de forces cachées et de temps faut-il à la nature pour faire don à l’homme d’un trésor pareil ?
Je fuyais de chez moi pour ne point  assister à ce massacre, pour ne pas voir cette souffrance muette et humble, sans défense. Et l’arbre sut « mourir » longtemps, par morceau. Ils le déplacèrent et son bois vivant rougeoyait comme une plaie.

Pendant deux jours je souffris son calvaire, pendant deux jours ma poitrine fut lourde de larmes.

Maintenant qu’il n’est plus là, je pense à cet arbre comme à un ami très cher, trop tôt disparu. Je le revois dépouillé. Je sais le dessin de sa ramure, la courbe de ses branches lourdes et riches, l’harmonie de ses couleurs.
 
Ce sont les diverses expressions vivantes d’un visage aimé. Et aujourd’hui, heure de printemps je pense à ces belles grappes de délicates fleurs de pâle ivoire, comme à un cher sourire perdu, un sourire plein d’une grâce douce et mélancolique et qu’on ne reverra plus jamais.

Cet article est proposé par : Sonia CHENITI

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