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Les îles

Publié le 23-06-2009
Les îles
A 18 kilomètres du port de Sfax...

Si l’on peut dire que le désert a ses îles de verdure et ses ports dans l’éternelle ondulation des dunes, on peut écrire de même, en renversant les images, que la mer a, là-bas, ses oasis. La Tunisie est bordée, d’un bout à l’autre de ses rivages méditerranéens, d’un chapelet d’îles ou d’oasis qui méritent qu’on s’y arrête plus longuement qu’il n’est coutume de le faire.

A 18 kilomètres du port de Sfax : les îles Kerkenna.
Les deux principales, Chergui et Gharbi, séparée par la coupure d’El Kantara, ont mérité d’être appelées « le dernier Paradis ». Annibal s’y réfugia. Les empereurs d’Occident, par la suite, en firent un lieu de déportation. Et les beys de Tunis, durant des siècles, ont exilé sur ces îles d’un abord difficile, toutes les courtisanes qui dans le harem avaient cessé de leur plaire. Ainsi, belles encore entre toutes celles du proche Orient, les femmes de Kerkenna, vêtues de couleurs éclatantes, plus libres ici que partout ailleurs, vivent aujourd’hui à visage découvert, portant, avec un air de princesses circassiennes, à pas lents sous les amphore sur leur épaule, tandis que les maris font ronfler le tour des potiers ou pêchent autour de leurs îles enchantées (ou désenchantées), le poulpe et l’éponge. Les Kerkanniens, comme leurs femmes, ont un caractère très particulier. Leurs visages sont plus ouverts que de coutume en pays d’Islam, d’une franchise cordiale, immédiate ; aucune obséquiosité, aucune réserve. Pas d’avantage d’orgueil. Leurs regards ne se dérobent pas, ne s’étonnent pas non plus. D’une extrême politesse, les Kerkenniens qui méprisent l’usage de tous les jurons, font figure de seigneurs, même les plus pauvres. Seigneurs d’une solitude apaisante en soi qui les incline sans doute à plus d’humanité ou de songe. Et l’on comprend que saint Fulgence eut fait édifier ici, au VIe siècle, un monastère pour s’y livrer à la méditation.  La capitale de Kerkenna, sur l’île de Gharbi, est le village de Kallébine, d’une étrange austérité dans sa ceinture de grenadiers en fleurs, de caroubiers ou de figuiers aux branches retombantes. On y boit cependant le « lagmi », le vin de palme, laiteux et sucré.

Djerba. Mais la grande île tunisienne, le véritable paradis des îles tunisiennes, - le mot n’est pas exagéré, - entre le golfe de Gabès et le golfe Bou Grara, c’est Djerba, île des lotophages, sur laquelle, affirme l’histoire ou la légende, les compagnes d’Ulysse goûtèrent la fleur d’oublie….Les Djrebiens sont les premiers épiciers d’Afrique, Djerba une pépinière d’épiciers unique en son genre. L’île aux sables d’or constitue un cadre idéalement fin, une véritable mosaïque de races et de confessions. Une église grecque, une ancienne forteresse espagnole, ne déparent pas tout un ensemble de petites mosquées d’obédiences diverses. Et c’est à Djerba que les Israélites, - dont le rôle en Tunisie est considérable, - possèdent la synagogue la plus ancienne qui soit, où des fidèles viennent chaque année, d’Europe Centrale, du Proche-Orient et de toute l’Afrique, pour retremper leur foi. 
Dans les deux localité, proprement israélites, Hara Kébira et Hara Sghira, on peut se faire une idée de ce qu’était le monde juif antérieur à notre ère. Les mœurs et les coutumes, au dire des notables, n’ont pas varié depuis deux mille cinq cents ans. La synagogue, la « ghriba » c’est-à-dire la merveilleuse, date en effet du temps où Nabuchodonosor détruisit le temple de Salomon. Elle a été construite sur une pierre de ce temple importée dans l’île des Cynophages après la chute de Jérusalem et la dispersion du royaume de Juda.
En Conséquence, les vieux rouleaux de la Loi ont ici une valeur inestimable. Il suffit, au cours d’un pèlerinage, d’une procession, de toucher à leurs étuis d’argent ciselé pour obtenir des miracles… Du moins est-ce là ce que l’on affirme, dans l’île heureuse de Djerba, qui apparaît en fin de compte comme le microcosme vivant, le miroir humain de toute l’histoire tunisienne au carrefour de trois continents.

Cet article est proposé par : Sonia CHENITI

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