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L'épouse fidèle

Publié le 08-01-2009
L'épouse fidèle
Il vit une femme d'une grande beauté regarder par la fenêtre...

Il était une fois deux frères dont l’un était riche et l’autre pauvre. Un jour, le pauvre demanda un emprunt à son frère, mais celui-ci fit semblant de ne pas le connaître. Et lorsque des gens s’adressèrent à lui pour lui demander d’aider son frère il prétendit qu’il n’en avait point.
Un jour, le frère riche fit une excursion et arriva dans le quartier des pauvres. Il vit une femme d’une grande beauté regarder par la fenêtre et il demanda : « A qui appartient cette femme ?

L’homme tomba amoureux de sa belle-sœur et la désirait. Jour et nuit, il se demandait ce qu’il pourrait faire pour la conquérir.
Un jour, il fit appeler son frère, lui donna de l’argent et lui dit : « Pourquoi ne me demandes-tu jamais rien ? » Il se montra aimable à son égard et l’invita chez lui avec sa femme. Puis il donna de la marchandise et lui proposa de se rendre dans une autre ville pour y faire du commerce. L’homme pauvre rejeta d’abord cette proposition, car il ne voulait pas se séparer de sa femme, mais son frère lui promit de prendre soin d’elle et de lui donner tout ce dont elle avait besoin. Finalement, l’homme accepta et se mit en route.

Le lendemain, l’homme riche envoya à sa belle-sœur de la viande, des légumes et des fruits, et l’informa qu’il viendrait déjeuner chez elle. La pauvre femme ne pouvait pas refuser, mais quand son beau-frère se trouvait dans son appartement, elle se montra des plus réservées. L’homme continua à lui faire des avances et à lui envoyer des cadeaux, mais l’épouse du pauvre ne fut point impressionnée par tout cela et un jour elle décida de mette fin un fois pour toutes à cette situation. Elle invita le frère de son mari à venir la visiter, mais elle s’arrangea pour ne pas être à la maison à l’heure du rendez-vous. L’homme l’attendit pendant des heures mais finalement il se mit en colère et s’en alla.

De retour chez lui, l’amoureux éconduit jura de se venger.

Un jour, il quitta sa maison de grand matin et en marchant dans la rue, il rencontra un homme pauvre. Il lui dit : « Prends cet argent et promets-moi de te rendre en secret dans la maison que je t’indiquerai. » Bien entendu, l’adresse qu’il donna au pauvre n’était autre que celle de sa belle-sœur. Puis, il se rendit à la mosquée et invita tous les fidèles qui y étaient réunis à venir avec lui pour témoigner. Il conduisit, bien entendu, tous les invités dans la maison de sa belle-sœur et en y entrant ils y virent un homme caché dans le corridor. Les invités lui demandèrent :  « Que fais-tu ici ? » L’homme répondit : « Depuis que le mari de cette femme est parti en voyage, je me trouve dans cette maison. » L’homme, bien entendu, ne fit que répéter ce que le beau-frère de la femme lui avait demandé de déclarer.

Tous le hommes réunis dans la maison de la femme n’hésitèrent pas à accorder foi à la déclaration de l’intrus. Indignés, ils frappèrent la femme qui avait trompé son mari et l’obligèrent à quitter la ville. Toutes les protestations et les lamentations de la femme ne firent aucune  impression sur ses accusateurs. Elle voulait expliquer la situation et prouver son innocence, mais personne ne voulait l’entendre et elle dut quitter son foyer et chercher fortune ailleurs. Elle se mit en route, mais après avoir parcouru quelques centaines de mètres à peine, elle fut envahie par une grande faiblesse et elle tomba par terre. Elle pleura de honte et de rage, mais personne ne l’entendit.
Il se trouva que ce même jour, un chikh et sa femme qui n’avaient pas d’enfants, se rendirent dans la ville où la pauvre femme avait habité. En marchant, ils entendirent des soupirs et des pleurs et décidèrent de l’emmener avec eux. Ils étaient tous deux obsédés par la même idée et se dirent : « Nous avons fait une bonne action et peut-être Dieu nous récompensera-t-il  en nous donnant un enfant. » Il n furent point déçus. La femme du chikh mit au monde un fils et ils proposèrent à la femme qu’ils avaient sauvée, de vivre dans leur maison, et de s’occuper du ménage. La pauvre femme, qui avait tout perdu, fut heureuse de cette proposition ; elle se montra très consciencieuse dans son travail et s’occupa surtout avec beaucoup de dévouement du bébé.

Un jeune ami du chikh vit la femme dans la maison du chikh et en tomba amoureux. Il demanda sa main, mais elle refusa parce qu’elle était encore mariée et elle ne voulait pas dévoiler son secret. Le jeune homme décida de se venger. Il pénétra la nuit dans la maison du chikh et tua le bébé. Puis il s’enfuit.
Lorsqu’ils découvrirent ce qui s’était passé, les parents du bébé eurent le cœur brisé. Mais le chikh, qui était un grand sage et un homme d’un bonté extraordinaire, décida de ne pas punir la femme qu’il tenait responsable du crime. « C’est la volonté de Dieu », dit-il. Il se contenta donc de renvoyer la femme ingrate qu’il avait recueillie dans sa maison, et il l’obligea à prendre avec elle le bébé mort. La jeune femme fut envahie par le désespoir. Partout elle se faisait renvoyer et partout on l’accusait de crimes qu’elle n’avait pas commis.

De nouveau la femme erra dans le désert, tenant dans ses bras le bébé mort et souffrant de la faim et de la soif. Quand elle fut complètement épuisée, un vieillard apparut devant un bon magicien. Il lui remit une poudre qui rendit la vie au bébé puis il lui en donna une autre qui avait le don de guérir n’importe quelle maladie. Il lui suggéra de se déguiser en homme, d’ouvrir un grand hôpital et de guérir tous les malades qu’on y amènerait. Seules les personnes qui lui avaient fait du mal ne pourraient être guéries.
La femme suivit le conseil du bon magicien. Elle se déguisa en homme et fonda un hôpital, qui acquit rapidement une excellente réputation puisqu’on y guérissait tous les malades. Le fils du chikh revenu à la vie, croyait que la femme que la femme déguisée en homme était son père et l’aimait beaucoup.
Tout ce que le bon magicien avait prévu, arriva. Des connaissances de la femme demandèrent à être admises à l’hôpital célèbre. Le premier à venir fut le beau-frère méchant, puis ce fut le tour du mari qui était tombé malade lorsqu’il apprit que sa femme l’avait trahi. Vinrent ensuite l’homme qui s’était caché dans sa maison et qui avait donné faux témoignage, et le chikh et sa femme et le jeune homme qui avait tué le bébé par dépit amoureux. La femme installa les malades de manière à ce qu’ils pussent converser entre eux, mais les lits étaient ainsi disposés qu’ils ne pouvaient pas se voir. Puis la femme dit aux malades : «  Si vous voulez guérir, chacun d’entre vous doit faire pénitence et confesser tous ses péchés. » Ce fut le beau-frère de la femme qui avoua, le premier, ses crimes et raconta tout ce qu’il avait fait à la femme de son frère. L’homme qu’on avait découvert dans le corridor de la maison de la femme, raconta, lui aussi, son histoire. Le mari entendit tous ces aveux et son cœur se remplit de colère contre les calomniateurs, mais il était aussi fâché contre lui-même d’avoir accordé foi à tout ce qu’on lui avait dit à propos de sa femme fidèle. Le couple qui avait renvoyé la femme avec le bébé mort et l’étudiant qui avait tué le bébé, racontèrent, eux aussi, toute la vérité. Lorsque le chikh et sa femme apprirent ce qui s’était passé, il se morfondirent d’avoir renvoyé la pauvre femme de la maison. Quand tous les malades qui avaient été mêlés à la vie de la femme qui dirigeait à l’hôpital eurent fait leurs aveux, celle-ci se fit connaître.

Elle rendit la santé à son mari, qui était heureux de la retrouver et au chikh et à sa femme. Les trois autres, elle ne les guérit pas et ils restèrent malades et misérables jusqu’à la fin de leurs jours.

Cet article est proposé par : Sonia CHENITI

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