COUPS DE CŒUR » Elles (ils) écrivent...

Il souhaitait le néant

Publié le 06-07-2008
Il souhaitait le néant
A tous ceux qui ont posé leur point d'interrogation à l'existence et qui attendent...

Une main rugueuse le secoua cette nuit-là. Il ouvrit les yeux et vit deux individus. Ils viennent le chercher. L’un d’eux avait l’allure d’un turc, l’autre était barbu et habillé en noir. L’un avait trois yeux, l’autre six. Il le guidèrent dans un sentier inconnu, vers un coin mystérieux. Docile comme un agneau, il les suivit sans rien dire. Ses yeux hagards cherchaient à les identifier mais impossible.

Deux têtes à l’air ferme et décidé : deux fronts sérieusement occupés.

Il se frotta les yeux ; non, il ne rêvait pas puisqu’il se rappelait qu’il avait dormi sans manger la veille… Il les suivait toujours sans mot dire mais l’inquiétude s’emparait petit à petit de son âme.

Sont-ce « Naker et Kakir » venus pour une mission divine ?
Sont-ce « Gabril » et « Azrael »
Pourtant « Naker » n’est pas turc et « Nakir » non plus, d’autant plus que les livres saints ne les ont jamais identifiés de la sorte ; d’autre part la tâche de « Gabriel » est différente de celle d’« Azrael ». Elles sont mêmes opposées.

Pendant qu’il se posait de telles hypothèses, il entendit un voix menaçante dans une langue qu’il ignorait, mais il comprit quand même qu’elle l’incitait à accélérer le pas…Toujours docile et toujours obéissant il accéléra la marche dans ce sentier mystérieux qui les conduisit enfin à une clairière jalonnée de langues de feu. Et « frrt »…des oiseaux sans ailes descendirent il ne savait d’où ? Il se mirent à émettre des sons mystérieux… Les deux individus le surveillaient toujours…L’un deux saisit un couteau sans manche et d’un coup bref et sec tua les bestioles. L’autre qui l’attendait secoua une main ferme et autoritaire : des milliers de tambours drapés jouèrent sans soldats une musique funèbre et sourde… Emu, figé, écœuré, l’homme ne dit mot mais fixa d’un regard curieux et égaré l’événement absurde… Les langues de feu devenaient de plus en plus gigantesques et la chaleur s’emparait de lui, le suffoquait, l’étouffait…Il suait…Ses yeux toujours hagards virent un ange blanc, beau comme le malheur, propre comme le néant. Ligoté, torturé par d’invisibles mains, l’ange le salua le loin et lui dit simplement : « Adieu homme, je vais mourir, moque-toi de ma perte ».

Un flot de fumée envahit l’espace…Les nuages passèrent et la sérénité revint. Plus de flammes, plus d’ange, plus de bourreaux enfin…Et les deux inconnus qu’étaient-ils devenus ?

Pendant qu’il se demandait stupéfait, une voix étouffée et timide brisa l’ambiguité :
« Homme docile souviens-toi,
Toi qui l’a vu mourir, sans pouvoir le sauver Vis, reviens, la vie t’attend… Peine donc de sa perte… »

Tout s’éteignit…Tout enfin disparut…Et l’impuissance créature peinait. Un pourquoi géant l’accompagnait…et il peinait. Il souhaitait le néant mais inassouvi, il existait, il vivait…

Cet article est proposé par : Sonia CHENITI