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Le procès d'Alia

Publié le 29-03-2008
Le procès d'Alia
Elle s'attabla dans un coin du salon de thé. Ses chaussures lui faisaient horriblement mal.

Elle s’attabla dans un coin du salon de thé. Ses chaussures lui faisaient horriblement mal. Elle venait de les acheter et n’avait pu résister à l’envie de les porter. Elle se revoyait dans la boutique et réentendait le bavardage de la vendeuse, empressée

- Celles-ci vous vont très bien, mademoiselle.
- Non, répondait-elle pour le seul plaisir de le contredire, montrez-m’en d’autres.

Ou bien , elle demandait de tons impossibles, un modèles qu’elle savait très bien ne pas trouver là.

Puis tout à coup, elle cessait de discuter, subitement lasse de se trouver assise les pieds nus au milieu d’un tas de cartons, mécontente d’elle-même.
Elle était ainsi faite ; elle adorait tout ce qu’elle faisait pendant cinq minutes, puis, brusquement, s’en détachait. 
- Vous désirez, mademoiselle ?
Elle sembla sortir d’un songe, se secoua, regarda fixement le garçon qui se tenait devant elle et attendait ses ordres ; que faisait-elle ici ? Comment y était-elle parvenue ?
- Un café, articulèrent ses lèvres machinalement. Le garçon s’inclina  et partit.

Alia regarda autour d’elle. Les fauteuils étaient recouverts de velours rouge sombre ; un beau rouge, - pensa Alia. De petites tables se trouvaient à portée de la main ; Plusieurs hommes, distingués, semblaient discuter affaires. Quelques-uns étaient seuls et tout en sirotant leur digestif, fixaient insolemment Alia ; elle était habituée à ces regards d’hommes, admiratifs ou pleins de convoitise ; parfois ils l’amusaient, la flattaient.
Aujourd’hui, elle y était indifférentes, ils l’agaçaient même un peu ; Alia aimait observer, mais elle ne supportait pas qu’on la regarde aussi intensément.

Elle but une gorgée de café, se renversa sur son fauteuil et ferma à demi les yeux.
Qui es-tu Alia ? Que cherches-tu ? Elle était harcelée par ces questions qui se posaient à elle toutes les fois qu’elle était seule, aux prises avec elle-même. C’est pourquoi, d’ailleurs, elle ne restait pratiquement jamais sans rien faire, ses amies admiraient sa validité, d’autres la jalousaient. Elle seule se plaignait.
Elle ne se rappelait pas n’avoir pas été un jour tourmentée ; Elle avait l’impression de vivre dans un rêve : enfant, elle était en classe comme poussée par une force obscure ; ses maîtres s’étonnaient de son intelligence.
Pourtant, Alia savait que tous se trompaient ; elle sentait que, lorsque ses devoirs étaient justes, cela était dû non à cette intelligence, mais à une sorte de force maléfique, à une espèce d’intuition qui faisait qu’elle savait reconnaître le juste du faux, et non à des connaissances précises.

Un jour, en classe, le maître faisait une leçon de géographie ; Alia rêvait, elle était à cent lieux du cours. Soudain, le maître, intrigué, lui demanda de répéter ce qu’il venait de dire ; Alia n’en avait aucune idée. Elle s’entendit cependant répondre, prononcer des mots dont elle ignorait la signification, et ce, à la grande surprise de l’instituteur.
Quelqu’un enregistrait pour elle au-dedans d’elle ; quelqu’un la déchargeait sans même qu’elle le demande. Plus tard, au Lycée, elle obtenait les meilleures places, et à la fin de l’année, son nom figurait parmi les premiers au palmarès. Tout au long de la journée on la félicitait, ses amies lui demandaient des conseils, ses surveillantes la citaient en exemple et le soir dans son lit, elle ne pouvait dormir : ces louanges ne lui appartenaient pas ; elle étaient adressées à une autre Alia ; elle vivait dans une sorte de demi-inconscience.
Tout jeune, elle aima ou crut aimer : Alia à présent savait qu’elle n’avait jamais aimé : un vague cousin qu’elle allait rencontrer, dans la compagne, en cachette.

Ce qu’elle recherchait avant tout, c’était le danger, l’aventure, tout ce qui était neuf.
Lorsqu’Hichem lui écrivit pour la première fois, Alia garda le précieux billet pendant trois jours contre sa poitrine, sans l’ouvrir. Elle se réfugiait dans des endroits où elle était sûre de ne pas être dérangée, et là, elle embrassait l’enveloppe fripée, la regardait amoureusement, gémissait, torturée par le désir de savoir ce qui s’y trouvait, et la replaçait sur son sein.

Enfin, n’y tenant plus, elle déchira l’enveloppe. Les mots flottaient, s’entremêlaient sous ses yeux embués de larmes : des mots d’amour, neufs…Pour elle ? Non, pour l’autre Alia. Elle le sentait encore.
Elle relut la lettre, trois, quatre fois, et dès lors attendit la prochaine. Puis, ce furent les premiers rendez-vous. Elle était soumise à une surveillance sévère, qu’elle arrivait à tromper ; sous la pluie, ses pieds déchaussés englués de boue jusqu’à la cheville, elle rejoignait Hichem, ivre de bonheur ; il l’embrassait, la réchauffait sur son cœur. La nuit tombait ; Alia regagnait alors la maison paternelle, le cœur battant, non de peur, mais de la joie d’avoir vécu des instants si profonds. Elle allait décrotter ses pieds dans le bassin des bêtes et avec des ruses des sioux  rentrait.
Parfois, l’on s’apercevait des son absence ; alors, elle mentait, les mots se présentaient à elle si facilement, si logiquement, que même, ils lui semblaient être l’expression de la vérité.
Je peux vous accompagner, Mademoiselle ? – Elle sursauta ! cette voix prés d’elle- et fixa l’inconnu ; celui-ci espérait, un sourire mielleux sur les lèvres.
Non, merci, j’attends quelqu’un.

Le sourire disparut pour faire place à une moue de dépit ; l’homme murmura un bref aurevoir, tourna les talons et s’éloigna.
Alia, que l’intrus avait réveillée, consulta sa montre. Plus qu’une demi-heure : elle se leva, paya sa consommation et sortit. L’air froid la cueillit au seuil du café. Elle s’y abondonna, heureuse tout à coup et ne boutonna même pas son manteau.

Elle était contente d’avoir froid et elle marchait doucement, balançant négligemment son sac d’un main et serrant son paquet de vieilles chaussures sous l’autre bras. Pourquoi ce paquet la génait-il autant ? Pourquoi Alia, ne pouvait-elle plus supporter cette bosse dure ? Elle avisa une poubelle et y posa le paquet. Alors, elle se sentit plus légère. Les rues étaient illuminées. Bientôt les fêtes !

Elle détestait les périodes des fêtes ; elle n’aimait pas voir tous ces gens rire, être heureux d’un bonheur bête ; elle ne supportait pas l’ambiance électrisée des rues, les lumières aveuglantes ; elle avait l’impression qu’on la frustrait de quelque chose ; d’ailleurs, pendant ces périodes de réjouissance, Alia était maussade, toujours pensive ; elle n’aimait pas parler et rabrouait même les êtres qui lui étaient les plus chers.
Alia semblait marcher sur un nuage. Elle n’entendait rien, ne voyait rien.

Des gens la bousculaient ; affairés, des paquets pleins les bras ; les magasins ne désemplissaient pas malgré l’heure tardive.
Ses pas la guidaient vers le lieu du rendez-vous, et elle s’y trouva bientôt.
Ses regards firent le tour de la place.
Hamadi s’avançait vers elle ! Son cœur bondit dans sa poitrine. Vite, elle se composa un visage et lui sourit, incapable de parler.
- Bonsoir, comment vas-tu ?
Il la regardait dans les yeux, essayant de lire en elle.
Alia fit un effort, avala une bonne gorgée d’air et répondit du plus négligemment qu’elle put :
- Bien merci, et toi ? Alors, tu es décidé à m’accompagner !

Elle pouvait lui dire tant de choses ; pourtant, elle ne voulait pas. Cette entrevue, elle l’avait espérée de tout son cœur et à présent, elle avait peur ! De quoi ? Hamadi marchait à ses côtés. Il était beau, il lui plaisait, elle le voulait et pourtant…
Hamadi avait une aventure avec Samia, l’amie d’Alia et Alia avait dû supporter de les voir se donner rendez-vous devant elle, elle avait dû sourire lorsque Hamadi lui avait préféré Samia, alors que son cœur saignait, et maintenant…Hamadi parlait, la soûlait de mots. Elle se sentait quelque peu intimidée prés de lui, mais comme toujours, son goût de l’inconnu reprit le dessus.

Elle provoquait Hamadi, lui lançait des feuilles d’un arbre, pour le plaisir de le voir s’embrouiller dans des explications, dont lui-même ne voyait pas la fin, pour l’entendre soliloquer. Alors, quand elle en avait assez entendu, d’un mot, elle aiguillait la conversation sur un autre sujet.
Ils s’arrêtèrent sur une route déserte, à la lisière d’un petit bois, Hamadi ouvrit le toit de la voiture ; des myriades d’étoiles éclairaient le ciel. Il faisait froid mais elle ne le sentait plus. Alia était envoutée. Etait-ce le parfum de Hamadi, le calme impressionnant qui les enveloppait le fait qu’ils soient seuls, tous deux, ou bien était-ce seulement l’autre Alia, diabolique, qui lui demandait de se laisser faire… ?

Alia avait une envie folle que Hamadi la tint à présent dans ses bras, la couvrit de ses baisers. Elle respira fortement plusieurs fois. Elle sentait qu’il allait se passer quelque chose, qu’il fallait qu’il se passe quelque chose. Hamadi posa sa main sur son épaule et ce petit geste rompit le charme, contrairement à toute attente.
Alia se dégagea et demanda à rentrer. Elle revoyait SAMIA et ses confidences, elle se revoyait jouant le rôle de l’amie commune et elle refoulait désespérément son attirance pour Hamadi.
Sur le chemin du retour, pourtant lorsqu’il lui prit la main, elle ne put s’empêcher de le lui laisser ; Oh ! si peu, trop peu.
Et longtemps, la nuit dans son lit, elle porta cette main à ses lèvres, y retrouvant le parfum de l’être, cher, de celui que toutes les fibres de son corps appelaient et qu’elle avait eu la force de repousser.
Elle avait vingt ans. Pourtant, elle avait l’impression d’avoir vécu beaucoup plus longtemps. Il lui semblait que rien ne pouvait plus l’étonner et en effet, elle acceptait tout avec une étonnante facilité. Elle était assez menue, mais bien faite ; on la disait joie, d’autres soutenaient qu’elle était belle e d’autres la trouvaient simplement charmante ; de fait, tout était fuyant en Alia. Quand elle parlait on oubliait de regarder ses traits et lorsqu’elle se taisait, ses yeux parlaient encore et envoûtant l’interlocuteur.

Alia faisait dire à ses yeux tout ce qu’elle désirait : amour, colère, pitié, haine, compassion.
Elle pouvait être sauvage, cruelle même ; pourtant, tout le monde la disait douce.
Enfant, elle se discutait souvent avec ses sœurs. Elle les emmenait alors dans les champs, les terrassait et les contraignait à demeurer ainsi, prostrées.

Un jour même, elle ramassa une poignée de terre et la fourra dans la bouche, de sa cadette.
Alia cherchait à se venger, mais de quoi ? A l’école primaire, elle enviait toutes ses amies pour leur tablier neuf, les jalousait pour une bagatelle, pour un bonbon, pour un bon point. Cependant, ses parents la gâtaient, ne la laissaient manquer de rien.
Elle avait toujours tout ce qu’elle désirait. Mais sa nature était telle qu’elle n’était jamais satisfaite. Dans le verger, l’été, mûrissaient toutes sortes des fruits ; Alia allait d’un arbre à l’autre, cueillit une pêche, en mordait un morceau, puis la jetait pour en cueillir une autre. Son père lui avait confectionné une petite brouette qu’elle remplissait de toutes sortes de fruits.
Puis, elle allait se retirer au pas d’une porte ou derrière un bassin, seule ; elle mangeait deux ou trois fruits et s’amusait avec les autres.
Pourtant, si ses sœurs, lui en demandaient, elle se fâchait, montrait  ses griffes et devenait méchante.
Avec les étrangers, pourtant, elle était très généreuse ; elle aimait qu’on la remercie, qu’on lui soit redevable.

****

Dans son lit, enfant, Alia ne dormait presque pas et le matin, deux grand cernes violets soulignaient ses yeux, elle se tourmentait, rêvait ; elle faisait des projets ; plus tard, elle achèterait un exemplaire de toute chose ; elle ne pouvait concevoir qu’il existerait quelque objet qu’elle n’eût pas chez elle.
Elle avait soif de tout, ce n’était pas de l’avarice, puisqu’elle pouvait donner, dans un élan de générosité, tout ce qu’elle possédait.
Mais Alia voulait vivre : elle détestait dormir, car, disait-elle, « je perds mon temps en dormant. »
Alia adorait « descendre en ville » : ses parents habitaient la compagne et une fois tous les mois environ, grand-père et grand-mère allaient en voiture en ville, accompagnés d’Alia.
Grand-mère préparait trois jours avant sa robe noire et Alia , elle n’était pas fatiguée et se sentait au contraire follement heureuse. Elle s’habillait et s’installait en voiture, à l’arrière ; sur le chemin, elle s’impatientait ; silencieuse, elle collait son front à la vitre. Elle avait l’impression que tous les passants savaient qui elle était ; oui, assurément, tous reconnaissaient Alia ; pourtant, elle n’était pas prétentieuse, mais elle voulait tout ramener à soi.
 
Une fois, grand-mère l’emmena dans un mariage et Alia se tint dans un coin, refusant obstinément de parler, de manger ou de rire ; on pensa qu’elle était timide ; or, Alia était tout simplement jalouse de la mariée pour laquelle tous étaient aux petits soins.
Alia se jura qu’un jour elle se marierait aussi, avec le plus beau des jeunes hommes et qu’alors on l’habillerait, on la parerait avec autant de soins, sinon plus.
Elle avait une passion : les livres.
Elle aurait voulu une librairie, un monde de livres : lorsque grand-père, qui l’adorait, lui demandait : « Tu veux un gâteau, poupette ? », elle répondait en baissant la tête :
« Oui, pépé, achète-moi un livre. »
Et grand-père souriait et s’exécutait.
Dans la lecture, Alia se retrouvait ; elle pouvait rêver, s’imaginer mille choses, se mettre à la place de l’héroïne.

*****

Moktar lui avait d’abord semblé son intérêt ; puis, un jour, elle n’eut rien à faire. Alors, elle alla se promener, et ses pas la guidèrent vers l’endroit où il habitait.
Il lisait au balcon, concentré. Alia, sans se soucier des passants qui la dévisageaient curieusement, s’appuya au mur et Juliette muée en Roméo, resta là, les yeux levés, sans bouger.
Il s’aperçut enfin de sa présence, un visage éclaira son visage ; Alia était si jeune, si mignonne, et sûrement si …naïve.
Il descendit très vite et ils allèrent se promener, comme s’ils s’étaient toujours connus.
Ils se virent ensuite souvent, mais ce oui, pour Alia, n’était déjà plus qu’un caprice qui tirait à sa fin, devenait une véritable passion pour Moktar.

Puis à son propre piège, il l’adorait. Ses baisers brûlants la fouillaient, il l’aurait voulue toute à lui, toujours et Alia le sentait. Pourtant, elle ne faisait pas la coquette ; bien au contraire, elle se montra froide, distraite, il n’en fut que plus amoureux. Un jour, elle décida de ne plus le voir : il la chercha partout, en vain.
Ils se rencontrèrent une fois, par hasard ; Alia lui parla gentiment, sans plus.
Etait-elle immorale ? inconsciente ?
Elle ne voulait pas lui faire de mal, mais elle avait irrémédiablement tourné la page ; il la supplia, éclata en sanglots ; elle sourit, le laissa au milieu de rue, désemparé, et s’en fut.

****

Au début, elle l’avait trouvé lourd ; quand il se déplaçait, Alia pensait qu’il allait défoncer le plancher.
Cependant, Hamadi l’observait, il s’habilla bientôt avec plus de recherche ; son travail se relâchait et ses supérieurs le lui faisaient remarquer : il n’en avait cure.
Un jour, il glissa à Alia un billet codé ; elle l’ignora, mais Hamadi la suivit, tenace ; il l’invita ; elle refusa : Alia était attirée par lui et en avait peur.
Inconsciemment, elle avait senti que tous deux étaient bâtis de la même matière, qu’ils se ressemblaient.
Mais son goût pour l’inconnu l’emporta et il en profita pour se déclarer : il avait des intentions sérieuses : Alia en fut flattée, mais soupçonneuse, elle voulut l’éprouver.
Elle mentit ; il ne fut pas dupe, mais ne le montra pas tout d’abord.
Pourtant, Hamadi n’éprouvait pas seulement du désir pour Alia : il l’aimait.
Elle le rejoignait la nuit dans un bois, en ballerines : il l’attendait dans l’ombre d’un arbre et lorsqu’elle arrivait, la tenait se pressée contre lui qu’ils ne pouvaient plus respirer.
Ils tributaient ainsi, ombres curieuses, fous d’amour, et regagnaient leur hâvre. Au petit matin, Alia rentrait, rose, débordante de bonheur.
Une fois, elle s’alita, et quand elle le revit, il était pâle, amaigri, il l’écrasa contre sa poitrine.

****

Alia s’éteignit à 25 ans : elle était devenue belle, d’une beauté sauvage. Elle avait une « bonne situation » mais avait refusé le mariage.
Alia mourut comme elle avait vécu très vite.
La vieille, Anis et elle s’étaient arrêtés, sur sa demande, dans un endroit recouvert d’arbrisseaux épineux, donnant sur une plage.
La nuit était fraîche, Anis lui prit la main, et pieds nus, ne sentant même plus les épines qui lui laceraient les jambes, elle l’avait suivi sur le sable.
Ils s’assirent au pied d’un arbre. La mer s’avançait, gourmande, à deux pas d’eux ; Anis posa sa tête sur l’épaule d’Alia, comme un enfant ; elle vécut intensément ces instants et elle savait d’Anis ne pourrait ressentir une sensation plus forte dans l’avenir.
Alia demanda à Anis si tous les couples étaient aussi heureux cette nuit.
Et il dit sans hésiter :
« Oh non ! tu es merveilleuse ! Je maudis celui qui te prendra pour toute une vie. »
Ils s’étaient alors aimés, d’un amour si fort qu’ils s’en trouvaient anéantis, vidés.
L’aube les surprit, les vêtements trempés ; Alia avait les lèvres bleues, mais ne grelottait pas, ses yeux brillaient étrangement.
Toute la journée, la fièvre augmenta, et au crépuscule, Alia s’endormit pour toujours.
On pleura un peu sa mort
Puis, ceux qui l’aimaient se demandèrent bientôt si elle le méritait et ceux qui ne l’aimaient pas, craignant de s’être trompés, l’oublièrent.
Ils étaient en quelque sorte soulagés, délivrés. De quoi ? Eux-mêmes ne le savaient pas, mais ils ne se sentaient pas à l’aise en présence d’Alia ; peut-être justement à cause de cette force qui émanait d’elle, et devant laquelle ils étaient si petits, presque ridicules.
Seuls, quelques hommes, qui ont vécu avec elle les plus beaux instants de leur vie, la pleurent, souvent.
Grâce à ces quelques heures d’intimité profonde qu’Alia leur a données, ils peuvent savoir jusqu’à quel point cette pâte qui façonnait Alia était unique, en faisant d’elle un être merveilleux et terrible à la fois.
Et peut-être que dans leurs rêves les plus beaux, ils retrouvent une Alia rayonnante, qui les attend et vers laquelle ils se sentent prêts à aller, même si le voyage est, dit-on, si long…
 
 
CHENITI Sonia
 

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Cet article est proposé par : Sonia CHENITI