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Adam et la pomme

Publié le 30-01-2008
Adam et la pomme
Mes Légendes offrent en spectacle la société, prise en globalité. Elles représentent le passé mais peuvent parfois avoir des orientations originales modernisantes.

Une petite introduction

Mes "Légendes" offrent en spectacle la société, prise en globalité. Elles représentent le passé mais peuvent parfois avoir des orientations originales modernisantes. On y retrouve les catégories sociales dans le cadre des métiers les plus divers, parfois avec un appel très suggestif à la tradition orientale. J’ai puisé dans le patrimoine arabo-musulman mais j’ai pu remodeler ce que la mémoire heureuse d’une grand-mère, conteuse écoutée, m’avait transmis. Bonne lecture.
 
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Jadis, au XVIe siècle, la Tunisie, devenue un simple pachalik, fut dotée d’une organisation extrêmement compliquée. A côté du pacha représentant le sultan, une révolution militaire plaça bientôt un dey, assisté d’un conseil ou « divan » formé d’anciens officiers. Les deux principaux personnages de cette assemblée étaient le kaptan, chargé de la marine, et le bey, commandant les troupes de terre. Les uns et les autres étaient en réalité sous la dépendance de la milice des janissaires et de la « taïffa » des reïs ou capitaines corsaires. Le résultat de cet enchevêtrement de pouvoirs fut tout d’abord la méconnaissance absolue de toutes les conventions internationales et le développement inouï de la piraterie au XVIIe siècle. A l’intérieur, l’emploi de la force parut le seul moyen de gouverner et la population fut durement traitée. Il y avait, jadis, en ce temps là, un homme nommé Youssef. Il commandait la Milice des Janissaires. C’était lui qui exerçait les miliciens et les menait en manœuvres. Un jour, Youssef était avec ses hommes au pied d’une colline. Il leur donna un repos de 24 heures, prit son cheval et alla inspecter la région environnante. Il vit au loin une construction au sommet d’une montagne. Il s’en approcha et découvrit un superbe château. Une grande porte à deux battants était ouverte. Il y pénétra en prenant soin de frapper à mesure qu’il avançait, mais personne ne répondait. Le château était inhabité et les habitants paraissaient ne pas l’avoir quitté depuis longtemps. Tout était propre et en ordre ; des rideaux de velours, des tapis de valeur, des sièges sculptés et dorés, de beaux tableaux ornaient les murs, mais un silence religieux y régnait.

Arrivé dans une grande salle, le visiteur se trouva devant une table garnie ; un repas était servi. Des plats tout chauds l’attendaient ; pas de valets, aucun domestique.  « Qui pouvait être le propriétaire de ce magnifique château et pourquoi l’avait-il quitté », se demanda Youssef ? Puis, trouvant le repas appétissant, il prit place et déjeuna tout seul. Au moment de sortir, un petit oiseau vint sautiller à ses pieds, picorant des miettes tombées sur le tapis. « Un bec jaune, des ailes vertes, quel magnifique petit-oiseau », s’écria Youssef! « Je vais l’attraper et le mettre en cage ». Il courut aussitôt après lui, l’oiseau s’échappa vers l’extérieur. Ne voulant pas l’abandonner, Youssef le suivit dans les champs.
Un vieux puits se trouvait à proximité ; l’oiseau vert voleta dans le puits et disparut. Au même moment une voix grave venant du fond du gouffre déclara :
- Youssef, vous êtes à mille lieux de chez vous, vous ne pouvez y retourner. Continuez votre chemin vers cette ville où votre destin vous attend…

Surpris, Youssef regarda tout autour ; son cheval était près de lui mais le château avait disparu. Le paysage même avait changé, le lieu n’était plus le même, une grande solitude l’entourait. Il monta à cheval et résolut d’aller vers l’avant. A mesure qu’il avançait, des constructions colossales apparaissaient ; c’était une ville immense, défendue par une grande citadelle. Youssef y pénétra par la porte cochère de l’Ouest.
Un spectacle horrible attira tout d’abord son attention : des têtes humaines coupées ornaient les créneaux de la citadelle. « S’agissait-il des gens qui ne pouvaient plus payer les taxes ? » se demanda-t-il ! Puis, baissant les yeux, il continua à marcher à travers les rues de la ville. Une population grouillante circulait dans tous les sens ! Les ouvriers travaillaient, les vendeurs criaient leurs marchandises, les hommes d’affaires gesticulaient, tout donnait l’air d’une vie normale et active.

Intrigué, Youssef voulut cependant connaître le crime commis par ces hommes dont il ne restait que les têtes en haut des remparts de la cité.
Il s’approcha d’un commerçant honorable et lui demanda à l’oreille :
- Puis-je savoir pourquoi ces personnes ont été châtiées ainsi ?
- Je peux vous indiquer tous les prix et toutes les qualités de tissus que j’ai, reprit tranquillement le commerçant.
- Oui, je vous remercie, mais vous n’avez pas répondu à ma question.
- Il y a de la soie, du fil et de la laine, tout est là devant vous, je suis à votre disposition, vous n’avez qu’à faire votre choix.


Cet article est proposé par : Sonia CHENITI