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La mariée est morte au printemps

Publié le 14-01-2008
La mariée est morte au printemps
Jirai dans l’ombre et le silence cueillir les jours pour tromper mon cœur dans le naufrage de ma vie...

'J’irai dans l’ombre et le silence cueillir les jours pour tromper mon cœur dans le naufrage de ma vie. Yasmina s’arrêta d’écrire, relut la lettre, froissa la feuille et la jeta par terre. Une mélancolie soudaine la submergea. Elle se sentit pleurer. Elle n’éprouvait plus de consolation à s’en remettre jour après jour à ces lettres que personne ne lirait. Œuvres disparates, elles s’entassaient dans un gros carton dissimulé sous son lit et, pour rien au monde, elle ne les aurait montrées, estimant que ces confidences pouvaient, si elles étaient découvertes, lui valoir plus de tort que de bien. En vérité, personne ne serait venu les chercher là, ou même les lui demander puisque, elle le savait bien, elle n’avait aucun ami. Elle essuya ses larmes, alluma la radio et se regarda dans la glace. Malgré les trois méchants boutons qui marquaient la commissure gauche de ses lèvres, elle affronta l’image que lui renvoya le miroir en souriant. C’est si bon de vivre, se dit-elle, en se caressant les joues.

Le voici de nouveau. Il me regarde toujours comme une chose à ravir, un meuble à acheter. Je ne sais rien de ce qu’il pense à ravir, un meuble à acheter. Je ne sais rien de ce qu’il pense mais je suis prête à parier qu’il croit que je lui en veux. Il se fait des idées. Il m’est totalement indifférent. Si j’ai tenu hier, à changer de trottoir, c’est pour éviter que les gens ne se méprennent. Ils pourraient croire, à force de la voir à mes côtés, que nous sommes ensemble. Je me méfie autant des gens que de lui. Je sais qu’il n’attend qu’un signe, qu’un sourire pour ameuter ses copains. Tous les hommes se ressemblent. Le voici qui feint d’acheter un ticket d’autobus pour se rapprocher de moi. En fait, je sais qu’il possède une carte de transport gratuite offerte par l’usine de textile où il travaille. Il doit être complètement fou d’amour.

Elle arriva au coin de la rue. Il redressa légèrement le buste et plongea son regard par-delà l’avenue Habib Bourguiba. Il ne fallait quand même pas qu’elle se rende compte qu’il était là depuis bientôt une heure, à épier sa venue ! Elle passa si près de lui qu’il sentit son parfum. Il lui en offrirait un meilleur, plus cher et recherché. Il s’y connaissait en parfum. A l’occasion, il demanderait l’avis de son coiffeur. Elle s’arrêta quelques mètres plus loin et s’adossa au mur. Il devina quelques mètres plus loin et s’adossa au mur. Il devina sa fatigue et crut comprendre qu’elle avait passé une dure journée. Si elle voulait bien, il pourrait lui trouver un autre travail que le sien, mieux payé et beaucoup moins fatiguant. Il en parlerait , le moment venu, à son chef de service. Avec un peu de chance, elle pourrait être embauchée à l’usine.

Il croit que je l’ai pas vu ! Ce type doit être le tare de sa famille. Ils devraient le cacher quelque part ou l’offrir à un cirque … Il ferait un malheur avec sa cravate. Je ne comprends vraiment pas. Avec toutes ces filles dans la rue, il n’a rien trouvé de mieux que de se cramponner à moi. Je vais lui enlever définitivement l’envie de me suivre. Il suffira de lui faire un scandale à la montée du bus pour l’éloigner définitivement… Et puis à quoi bon ? Il pourrait se révéler dangereux. Ils sont si agressifs, si hargneux qu’ils pourraient se mettre à plusieurs contre moi. Et aucun passant ne prendra la peine de me défendre. Il feignent toujours de rien voir.

 

Cet article est proposé par : Sonia Cheniti