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S'Unir pour Combattre la Violence contre la Femme

Publié le 10-12-2011
S'Unir pour Combattre la Violence contre la Femme
Editorial d'opinion par la Secrétaire d’Etat, Hillary Rodham Clinton

S’Unir pour Combattre la Violence contre la Femme

Imaginez une femme. Imaginez-la dans le pays de votre choix. Elle peut représenter n'importe quel groupe socioéconomique, n'importe quelle ethnie, n'importe quelle religion. Sa journée commence avant le lever du soleil. Elle travaille entre 8 heures et 12 heures par jour pour une bouchée de pain dans un magasin, une exploitation agricole, une usine, ou chez un particulier, mais ses enfants et des parents âgés comptent sur son maigre revenu pour vivre. Quand elle rentre chez elle, elle demande à ses enfants ce qu'ils ont appris à l'école et ce qu'ils veulent faire quand ils seront grands. Elle passe des heures affairée devant un petit four de cuisson ou la cheminée à préparer des repas pour une famille élargie. Dans beaucoup de régions du monde, elle s'occupe aussi de cultiver les produits qui nourriront tout son petit monde.
Représentez-vous maintenant ce qui se passe quand cette femme se trouve incapable de s'acquitter de toutes ces tâches parce qu'elle a été victime de violence sexospécifique. Le coût de ses soins médicaux pèse lourd sur le budget, déjà serré, de la famille. Si ses blessures physiques ou psychologiques l'empêchent d'exercer son activité professionnelle ou de s'occuper de ses enfants, ces derniers quittent les bancs de l'école pour aller travailler afin de subvenir aux besoins de la famille. Les commerçants chez qui elle s'approvisionnait perdent une cliente, et leur revenu à eux aussi diminue.

Vous n'avez sans doute pas de mal à vous représenter cette femme. À travers le monde, une femme sur trois est victime d'une forme quelconque de violence sexospécifique ; une sur cinq sera victime d'un viol ou d'une tentative de viol. Cette violence peut se produire tôt dans sa vie, quand une mère est forcée de mettre fin à sa grossesse parce que l'enfant qu'elle porte est une fille, ou quand la famille refuse de la scolariser parce qu'elle est une fille, ou quand les garçons dans sa famille reçoivent des portions doubles à table avant qu'on ne lui donne à manger à elle. Plus tard, cette violence peut revêtir la forme d'un mariage forcé, de violence conjugale ou d'exploitation sexuelle.
Indépendamment de la forme qu'elle prend, la violence sexospécifique constitue une atteinte intolérable à la dignité humaine. Personne ne peut quantifier la douleur et l'angoisse que provoquent ces mauvais traitements, quels qu'ils soient. Mais les factures médicales et juridiques, la perte de son salaire et la baisse de la productivité, le prix à payer sur le plan de la santé, y compris le risque accru de VIH, voilà des facteurs que l'on peut chiffrer. Et quand on le fait, on constate -- en dollars et en centimes de dollars -- à quel point la violence envers les femmes et les filles pénalise tout le monde dans la société.

Qui pis est, ces effets négatifs se répercutent sur le reste de la communauté par le biais de l'augmentation des dépenses associées aux actions en justice, aux soins de santé et aux services de sécurité. Pas un pays, pas une région du monde, n'est à l'abri de ces coûts. Aux États-Unis, selon une étude du centre fédéral d'épidémiologie (CDC) réalisée en 2003, le coût de la violence rien qu'aux mains d'un partenaire intime dépasse les 5,8 milliards de dollars par an -- dont près de 4,1 milliards de dollars pour les prestations médicales directes et les soins de santé, et près de 1,8 milliard de dollars pour les pertes de productivité.
En outre, la violence dirigée contre les femmes et les filles relève du domaine des droits de l'homme internationaux et de la sécurité nationale. Les conséquences de la violence généralisée dépassent le cadre des blessures immédiates ou des pertes économiques. Il faut y inclure les effets souvent graves et durables sur la santé, par exemple les infections sexuellement transmissibles, sans compter que les lésions sociales et psychologiques de la violence sexospécifique affectent les survivantes, leurs enfants, leur famille et des communautés tout entières.

Alors que la violence et les mauvais traitements tiennent les femmes à l'écart de la vie active et affaiblissent les communautés pendant des générations, le fait d'encourager la participation économique des femmes augmente le Produit Intérieur Brut national et le revenu des personnes. Il a été estimé que l'abaissement des barrières à la participation économique des femmes dans les économies émergentes pourrait accroître le revenu par habitant de 14 %. Avec un plus gros revenu, on peut dépenser plus d'argent pour nourrir sa famille, envoyer ses enfants à l'école et soutenir les commerçants et producteurs locaux, ce qui déclenche un cercle vertueux de la croissance économique.

Comme nous célébrons à nouveau la Journée internationale des droits de l'homme pour commémorer l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 10 Décembre 1948, allons-nous engager à dénoncer la violence contre les femmes et les filles et à améliorer la protection et la participation des femmes dans le monde entier.

Tout le monde doit être mis à contribution : les garçons et les hommes, les dignitaires ecclésiastiques et les chefs communautaires, les jeunes et les gens à tous les niveaux de la société ont tous un rôle crucial à jouer pour mettre fin à cette pandémie de violence.

Cette année, saisissons cette période de 16 jours pour renouveler notre engagement de mettre fin à la maltraitance dans le piège de laquelle tombent tant de femmes et de filles à travers le monde. Dénonçons la culture d'impunité qui perpétue ce cycle de violence. Et travaillons ensemble, en partenariat, pour reléguer aux oubliettes toutes les formes de violence.

Cet article est proposé par : American Embassy Tunis

http://tunisia.usembassy.gov/