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Le voleur sous la tente

Publié le 14-06-2009
Le voleur sous la tente
Une nuit inclémente d’hiver pèse sur la nature.

De loin une lueur déchire le voile des ténèbres et arrive à nos yeux. C’est le feu d’une tente dressée là, comme un fantôme, au milieu de la campagne morte.

Autour des trois pierres traditionnelles formant le canoun chez les gens de nos campagnes africaines six silhouettes sont assises, recroquevillées sur elles-mêmes. Vous direz des animaux errants surpris par la nuit.

Sur le feu, une marmite ébréchée. Elle renferme quelques poignées de farine de maïs, avec de la mauve, coupée en menus morceaux en guise de légumes. Le tout cuit dans l’eau avec une pincée de sel et des poivrons rouges capables d’emporter les bouches d’emporter les bouches les plus étamées.

Le feu a baissé. La marmite est descendue de sur le feu. Son contenu est versé aussitôt dans un plat en bois noir comme la nuit, fatigué qu’il est, par l’usage journalier de plusieurs décades.

Toute la famille, chacun de son côté se met à manger avec la main. A chaque lapée, les petits mioches sucent fortement les doigts pour calmer la brûlure faite par la sauce chaude, avant de reporter la main dans le plat.

Le père et la mère reculent un peu et cessent de manger ; non parce qu’ils n’ont plus faim, mais plutôt pour favoriser leurs enfants qui n’ont rien mis dans le ventre depuis la veille, à part les quelques herbes comestibles rencontrées dans les champs.

Le plat est léché jusqu’à la dernière goutte et est retourné sur place. Inutile de le laver, il a été essuyé dans la largeur de son creux par les menottes des pauvres hères affamés.

Ensuite le cercle familial se reforme autour du canoun dont le foyer maintenant se recouvre de cendre. Sur place, chacun se plie en quatre, les genoux collés contre la poitrine, et s’endort, terrassé par la longueur de la nuit.

Le feu est déjà éteint. L’un des garçonnets, réveillé par l’aigreur du froid nocturne, ouvre les yeux. Il voit avec terreur une silhouette qui rampe sous leur toit. Il se ressaisit, donne du coude à son père et lui dit tout bas : « un voleur est sous notre tente ! »
- Tais-toi misérable, lui répondit-il, c’est ton oncle…Si jamais il y trouve quelque chose, il va t’en donner »
 
Ayant entendu cette réplique du père à son fils, le voleur désespère et veut quitter le logis.
Alors le maître se redresse et, debout, lui dit en tendant amicalement la main : «Touche là ! pour la misère de ton frère. »

Cet article est proposé par : Sonia CHENITI

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