ACTUS » Humeurs, Vie quotidienne...

Mille raisons de se dire Aïd Mabrouk

Publié le 12-09-2010
Mille raisons de se dire Aïd Mabrouk
L'auteur se livre à quelques réflexions sur nos dérapages au cours du mois de Ramadan....

L'aspect caricatural (mais bien réel, vous en conviendrez) nous incitera peut être à une remise en question salutaire...

Mille raisons de se dire « Aïd Mabrouk »

Voici venu l’Aïd, l’occasion de toutes les réconciliations. Les SMS vont pleuvoir de partout, c’est à qui captera en premier le réseau débordé et tant pis pour les urgences. Les gens vont se rappeler, pour un jour, leurs voisins de palier, leurs amis, leurs parents. Ils iront jusqu’à se rendre visite pour s’embrasser et se féliciter d’être, enfin, venus à bout du calvaire subi trente jours durant.

Trente jours sacrés où chaque soir, en admirant la table dressée, débordant de soupe, de victuaille, de salades, de briks, de breuvage de toute sorte, de gourmandises diverses, une pensée furtive pour le pauvre me traverse un instant l’esprit. Pensée qui s’estompe dès le coup de canon libérateur. Une demi-heure après, la panse bourrée, la respiration difficile, je l’envie, ce pauvre, pour lequel j’ai jeûné, par solidarité, du matin au soir, afin de compatir à sa miséreuse privation, car je découvre son bonheur de ne pas manger à sa faim, de ne pas connaître le supplice de la réplétion ni l’engourdissement de l’esprit en ébriété noyé par la montée du cholestérol et des triglycérides.

Ébahis devant la télé, je subis ensuite le bombardement de ces spots publicitaires conçus en longs métrages pour débiles chroniques. Et tente de bouger les doigts vers la télécommande ! Un tollé général éclate comme un orage d’automne : « Laiiiisse ! Le feuilleton ! ». Ne me reste plus que sortir faire quelques pas pour digérer, me dégourdir les jambes, reprendre possession de mon corps, un tant soit peu de lucidité. Mais le geste est lourd, la gravité a triplé. Alors glissant dans mon profond fauteuil, le cou tordu, le centre de mon être, mon ventre, dégagé au mieux, je m’assoupis (m’évanouie ?). Dans mes cauchemars les personnages des longs métrages publicitaires se mêlent à ceux des interminables feuilletons ramadanesques. Plus tard j’émerge de mon sommeil perturbé, ne réalise pas tout de suite où j’étais, si c’était l’aube ou la fin de l’après midi. Je suis seul, les garçons ont rejoint leurs copains au café, ma femme sur skype échange des recettes avec ses sœurs. D’éminents spécialistes analysent les déboires de nos sportifs professionnels qui gagnent, mensuellement, en jouant, plus du double du salaire annuel d’un cadre supérieur et qui réclament le soutien du public.

Cet article est proposé par : Hassib KNANI

Autres articles que vous pouvez aimer