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Saleté et propreté chez l'enfant : le point de vue d'une psy

Publié le 30-03-2007
Saleté et propreté chez l'enfant : le point de vue d'une psy
Par le Docteur Hager KARRAY, Psychanalyste

Jouer est, pour l’enfant, une activité fondamentale pour son développement qui lui permet, sur le plan physique de développer ses possibilités motrices et sensorielles, sur le plan psychologique d’appréhender de nouvelles expériences émotionnelles et sur le plan social d’échanger avec les autres. Dans cette phase d’exploration par le jeu du monde environnant, l’enfant acquiert des expériences qui vont venir éveiller sa curiosité et ses aptitudes créatives mais aussi le confronter à une réalité qui est celle des limites de son corps. L’évaluation par l’enfant de ses possibilités réelles sur le plan physique et psychologique lui permettra d’adapter ses désirs et ses ambitions à la réalité et de se construire une indépendance propre telle qu’elle a été soutenue et encouragée par ses parents tout au long de son développement.
 
Malheureusement, il arrive souvent que des parents veuillent limiter, voire interdire, certaines activités de jeu chez leur enfant pour des raisons diverses notamment celles du risque de se salir.
Dans l’imaginaire de ces parents, la saleté est synonyme de mal et de maladies et suscite parfois chez eux une angoisse et un dégoût qui peut aller jusqu’à l’obsession. Ils ne se rendent pas compte, qu’élever un enfant dans un univers aseptisé est au contraire fragilisant pour lui. Que l’on se réfère au point de vue strictement médical qui souligne la nécessité de stimuler les défenses immunitaires de l’organisme ou au point de vue psychologique qui voit dans l’exigence de propreté le signe d’une angoisse des parents projetée sur l’enfant, le fait qu’un enfant se salisse ne peut apparaître en soi négatif ni même préjudiciable à sa santé. Il est intéressant de constater ici la dimension morale qui connote l’idée de saleté et de propreté et qui pose que tout ce qui est sale est mal et à fortiori que tout ce qui est propre est beau.
 
Dans les sociétés arabo-islamiques notamment, la notion de propreté est intimement liée celle de foi et du rite des ablutions ce qui tend à renforcer la valorisation éthique de celle-ci. La modernisation a par ailleurs renforcé, pour les mères qui travaillent, l’exigence culturelle préexistante d’une acquisition rapide pour leur enfant de la propreté. Or, les découvertes de la psychanalyse ont montré notamment que « le dressage » à la propreté des enfants, lorsqu’il se fait trop tôt, engendre des troubles à l’âge adulte, en particulier des troubles du caractère ou de vraies névroses obsessionnelles. En effet, le système nerveux de l’être humain n’est pas complet à la naissance. Il continue à se développer pour devenir mature aux alentours de dix-huit mois, jusqu’à ce que l’enfant ait pu acquérir la maîtrise de ses muscles volontaires en particulier sphinctériens.
 
Anticiper, par une éducation coercitive, la maîtrise prématurée de la propreté du petit enfant c’est déjà inhiber l’enfant dans sa curiosité ultérieure à découvrir et à explorer le monde qui l’entoure.
En effet, un modèle éducationnel qui valorise la maîtrise du corps de l’enfant va entraver chez lui l’acquisition de son schéma corporel et être à l’origine d’une inhibition qui s’exprimera par une timidité excessive et des difficultés à la socialisation, à la convivialité et au partage avec d’autres enfants. Interdire à un enfant de se salir c’est tout simplement l’empêcher de s’exprimer à travers le jeu qui est le mode d’expression privilégiée de l’enfant mais également à travers l’échange langagier. Lui interdire notamment de jouer avec l’eau, le sable, la terre, l’aquarelle, lui interdire de faire du désordre ou de faire du bruit en jouant, c’est lui interdire de prendre possession de ses possibilités corporelles, physiques et psychiques en inhibant ses aptitudes motrices et créatrices associées au plaisir de partager avec les autres. En effet, il est étonnant de constater l’angoisse des parents face à un enfant qui revient tout barbouillé ou sali par l’usage de matériaux de jeu pourtant sans danger pour lui et qui réagissent par des menaces de fessées ou de punition comme si l’enfant avait transgressé des interdits dont l’absurdité n’a d’égale que le sadisme des parents à vouloir s’emparer de son corps et de ses mouvements.
 
 

Cet article est proposé par : Dr Hager KARRAY

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